En avant première pour vous, fidèles lecteurs du blog, un texte qui paraîtra demain, dans Diverses Cités.
« Lorsqu'on rêve tout seul, ce n'est qu'un rêve
alors que lorsqu'on rêve à plusieurs c'est déjà une réalité.
«
Elder Camara
Sous la pression des médias, des
grands partis politiques et des tenants de l’ordre établi, le mot
« utopie » est devenu aujourd’hui un gros mot. Ainsi, quand on le
revendique, on a vite fait de passer pour de doux rêveurs, forcément en
décalage avec la réalité, avec le pragmatisme.
Or, l’utopie n’est pas le rêve.
L’utopie n’est pas une notion
désuète et passéiste. Mais c’est un concept qui devrait servir à prolonger les
pensées avant-gardistes et historiques de Thomas More à Charles Fourrier.
L’utopie est une interrogation
permanente et constructive pour une société qui revendique l’homme en son cœur,
au-delà des logiques purement économiques et utilitaires.
C’est pourquoi l’utopie est
aujourd’hui une ambition concrète et continue d’une société des possibles par
et pour chacun-e. Par essence, l’utopie est résistance à la résignation et à
l’ordre établi, au carcan néolibéral.
L’histoire de l’humanité est
émaillée de victoires des peuples remportées par la force de l’utopie sur les
puissants. Il en fut ainsi de l’abolition de la peine de mort, la fin de
l’apartheid, et d’autres victoires et constructions sociales fortes :
congés payés, sécurité sociale, services publics….
Plus récemment, n’y a-t-il pas une
part de douce utopie dans l’action menée par le Réseau Education Sans
Frontières (RESF), où parents d’élèves, enseignants et militants se mobilisent
contre les expulsions visant les parents d’enfants scolarisés (collégiens et
lycéens inclus), et d’une manière plus large dans le combat pour régularisation
sans papiers contre l’implacable volonté politique venant du plus haut de
l’Etat ?
De même, ne peut-on pas voir cette
même utopie chez les salariés d’Arcelor-Mittal luttant pour le maintien de
leurs emplois face à l’apparente fatalité économique ?
Dès leur accession à la tête des
villes dans les années 30, les élus communistes ont donné toute leur vigueur et
leur essence à leurs utopies : logement, santé, vacances, culture. Ils ont
inventé et réalisé la ville d’aujourd’hui conçue pour tous à tous les âges de
la vie.
Les mobilisations citoyennes, dans
le cadre des mouvements altermondialistes, des mouvements nationaux, du monde
associatif, dans l’entreprise, démontrent que si l’utopie est portée
collectivement, elle peut faire bouger les lignes et les rapports de force. Ce
sont de multiples utopies à priori non atteignables qui prennent forme dans la
réalité.
Car ce que nous enseignent les
grands combats « utopiques » certains diront, c’est la nécessité de
mener les batailles en front commun. Sans renoncer aux valeurs qui sont les
nôtres.
Etre
utopiste, c’est être debout !