A la demande de nombre
d'entre vous, voici le discours que j'ai prononcé à l'occasion des
Vœux institutionnels de Plaine commune qui ont eu lieu vendredi
dernier.
Bienvenue à chacune et chacun d’entre vous qui représentez la grande diversité des acteurs qui agissent, chacun dans son domaine, au développement de notre communauté d’agglomération et de nos communes.
Bienvenue aux Elus, aux représentants du monde économique, de la formation, des transports, de l’immobilier, du logement, de l’éducation, de la culture, aux associations, à tous ceux qui œuvrent sur ce territoire aux personnels du Conseil Régional et du Conseil Général, à ceux de l’Etat et de l’ANRU qui nous accompagnent dans nos projets. Vous êtes, chacun, coproducteur de la réussite et de la vitalité de notre communauté.
A chacune et à chacun, je souhaite en mon nom et en celui des élus communautaires beaucoup de bonheur et de réussite tout au long de cette année 2010.
Pour être franc, je me suis interrogé au moment de prendre la plume sur ce que j’allais vous dire ce soir, quelle message allais-je tenter de vous faire partager ?
Je pourrais, par exemple faire le bilan de l’année 2009, exhaustif ou non, mettant en valeur tout le travail que nous avons mené ensemble avec les quelques 1600 salariés de Plaine Commune : des maisons de l’emploi à Velcom, de toutes les 1ères pierres, comme celles des Archives nationales aux inaugurations des programmes d’habitations ou aux nouvelles médiathèques, du début de chantier du tramway Sarcelles – Pierrefitte – saint-Denis à la poursuite du chantier de la ligne 12, de l’inauguration des archives du Ministère des Affaires Etrangères à la 1ère pierre du Projet urbain du parc du millénaire et de la mise en chantier des projets ANRU, de la reconnaissance par l'État de notre territoire comme pôle majeur de développement de la R.I.F. au travail engagé avec le Secrétariat d'État de Christian BLANC.
Je pourrais aussi bien faire le constat des aspects contradictoires du bilan 2009 : d’un côté une partie importante de nos populations touchée par les conséquences de la crise financière ; licenciements, précarité, perte du pouvoir d’achat, de l’autre un territoire qui continue de se développer à être attractif et dynamique et je suis convaincu que c’est la diversité de nos projets qui nous a permis de mieux résister à la crise que la plupart des autres territoires.
Je pourrais aussi infléchir cette intervention autour des 10 ans de vie de notre communauté et en faire un bilan plein de chiffres, là encore exhaustif ou non : 348 966 habitants (+ 30 000), 26 000 emplois, dont 1300 entreprises nouvelles, près de 100 d’entre elles qui ont signé la Charte Territoire Entreprise ayant généré le retour ou l’accès à l’emploi pour 2100 personnes du territoire depuis 2006 ; 1 300 000 m2 de transaction réalisés et 1 400 000 pour les 10 ans qui viennent etc, etc…
Je pourrais encore vous lister, pour parler de l’avenir et de cette nouvelle année 2010 des 100 projets + ou – grands que nous menons de front sur Plaine Commune, du lancement de l’agenda 21, au projet de Luc BESSON, en passant par celui du Tram’y…
Je pourrais enfin vous dire notre satisfaction d’avoir pu aboutir à un plan pluriannuel d’investissement jusqu’à 2015 garantissant 51 millions d’euros par an d’investissement net, permettant de générer 85 millions en moyenne par an, et ceux, malgré les incertitudes et les aléas de la réforme fiscale liée à la taxe professionnelle, vous dire notre engagement à consacrer des moyens supplémentaires pour la gestion de l’espace public, pour mieux répondre aux besoins de propreté. Cela serait sans doute un peu fastidieux.
Est-ce vraiment ce que vous attendez ce soir de ma part ? N’a-t-on pas tout au long de l’année l’occasion de nous retrouver, justement autour de ces premières pierres, de ces inaugurations pour bien en mesurer leur nombre, et leurs qualités.
De fait, notre communauté d’agglomération n’est pas qu’une juxtaposition de projets, qu’une addition de réalisations aussi nombreuses, utiles et réussies soient-elles !
Plaine Commune c’est avant tout une coopérative de villes qui portent ensemble un projet, une vision de notre territoire comme l’a souligné l’un des maires lors de ses vœux.
Aussi vous me permettrez de vous faire partager quelques réflexions qui je l’espère trouveront en vous un certain écho et pourront esquisser l’avenir de notre territoire.
Je voudrais tout d’abord adresser un message de solidarité et de soutien au peuple d’Haïti et plus particulièrement aux 17 salariés de Plaine Commune qui ont perdu des membres de leur famille, des proches, des amis lors du séisme qui a meurtri ce pays.
La compassion qui a suivi le drame haïtien est tout à fait légitime mais elle n’est pas suffisante ; elle peut aussi être notre bonne conscience car ne nous y trompons pas ce sont souvent voire toujours, les populations les plus pauvres qui sont les victimes de ces cataclysmes même quand ils touchent des pays riches comme à la Nouvelle Orléans.
D’autre part, les catastrophes dites « naturelles » ne sont-elles pas souvent la conséquence de notre irresponsabilité collective et individuelle. Le dérèglement climatique qui se manifeste par les tornades, tsunamis, d’une manière de plus en plus violente est bien dépendant de modes de production et de consommation incompatibles avec le devenir durable de la planète.
C’est cette même irresponsabilité, cette imprévoyance meurtrière qui autorisent des constructions inadaptées dans des zones assujetties aux séismes.
Dans la déclaration que j’ai faite après le séisme haïtien je disais : « Telle l’effet de loupe, les catastrophes naturelles révèlent l’état réel des sociétés les plus pauvres. »
L’égoïsme des grandes puissances, leur vision à court terme ne sont-ils pas à l’origine de l’échec du sommet de COPENAGUE ?
Permettez-moi avec vous ce soir de partager la peine des familles touchées par le deuil et, d’affirmer que nous nous associerons durablement à la reconstruction d’Haïti.
Cette violence des éléments naturels m’amène à une réflexion plus générale sur les violences. A plusieurs reprises, j’ai fait référence à un passage d’un roman d’Henning MANKELL « la 5ème femme » sur l’origine de la violence. Vous me permettrez de le lire ce soir devant vous :
L’inspecteur WALLANDER s’adresse à sa fille Linda :
«Dans mon enfance, la Suède était un pays où les gens reprisaient encore leurs chaussettes. J’ai même appris à le faire, à l’école. Puis, soudain, un jour, c’était fini. On a commencé à jeter les chaussettes trouées.
Personne ne prenait plus la peine de les raccommoder. Toute la société s’est transformée. Le fait de jeter les affaires usées, c’est devenu la seule règle qui concernait vraiment tout le monde. Bon, il devait bien y en avoir qui continuaient à repriser leurs affaires. Mais on ne les voyait plus. Aussi longtemps que ça ne concernait que les chaussettes, ce n’était peut-être pas si grave. Mais le phénomène s’est étendu. A la fin, c’est devenu comme une sorte de morale, invisible mais omniprésente. Je crois que ça a transformé notre vision du bien et du mal : ce qu’on a le droit de faire aux autres, et ce qu’on ne peut pas leur faire.
Tout est devenu tellement plus dur. De plus en plus de gens, surtout des jeunes, se sentent superflus ou carrément rejetés dans leur propre pays. Comment réagissent-ils ? Par l’agression et le mépris. Le plus effrayant, c’est qu’à mon avis on est encore qu’au début d’un processus qui va empirer.
La nouvelle génération, ceux qui sont plus jeunes que toi vont réagir avec une violence encore plus accrue. Et ils n’ont aucun souvenir qu’il ait pu exister une époque où nous reprisions nos chaussettes. Où nous ne jetions rien, ni les chaussettes, ni les gens. »
Ce texte écrit en 1996 peut paraître quelque peu anecdotique mais n’est-il pas fondamentalement juste sur la réalité de l’évolution de notre société, et notamment qu’après avoir pris comme principe de vie le fait de jeter au lieu de réparer, les objets, et les choses il est devenu naturel de jeter les humains, et que cette violence là nous la paierons collectivement :
La violence d’être sans emploi, sans ressource, sans papier, sans logement, sans reconnaissance sociale, engendre le plus souvent soit la résignation, la soumission soit d’autres violences.
Il est vain de croire que c’est en s’attaquant aux conséquences d’un mal… qu’on en éliminera les causes. Et il est encore plus irresponsable quand on a des responsabilités politiques de le faire croire quand on en connaît le mécanisme.
Nous sommes dans un contexte de mutation, de métamorphoses profondes. Le système capitaliste qui depuis la chute du mur semblait sans rival, sûr de lui, a vacillé avec la crise financière, et ses conséquences économiques et sociales.
Rien ne nous garantit que nous sommes au bout de cette crise ni à l’abri, comme pour tout séisme, de répliques sans doute plus fortes.
Et s’il y a crise c’est parce qu’il n’y a pas eu anticipation sur les conséquences des mutations, de la métamorphose en cours – et cette crise est plus visible dans tous ses abus, ses paroxysmes au cœur de territoire comme le notre mais c’est aussi dans ces mêmes territoires et dans le même temps que se prépare, se façonne, s’invente la société de demain.
Face aux difficultés auxquelles nous sommes confrontés, nous avons parfois du mal à les contextualiser, à les relier au global, à en percevoir les origines profondes.
Nous sommes souvent désireux parce que la demande, la pression de l’opinion est forte, de vouloir répondre dans l’urgence en traitant les symptômes, les conséquences d’un problème sans en rechercher et donc sans en traiter les origines, les causes.
Le caractère universel de cette mutation, cette métamorphose ne nous est pas directement perceptible et pourtant…permettez-moi de vous lire du même auteur Henning MANKELL un extrait de son dernier livre « les chaussures italiennes ». Il nous parle non d’une métropole d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique Latine mais bien de sa Suède natale bien éloignée de l’image proprette du modèle social-démocrate.
La personne qui s’exprime est une jeune femme qui dirige un établissement de réinsertion de jeunes filles.
« J’ai trente-trois ans, c’est peu, mais assez pour savoir que les tensions n’ont jamais été aussi fortes dans ce pays. Curieusement, personne n’a l’air de s’en apercevoir, du moins parmi ceux qui sont pourtant payés pour sentir tourner le vent. Il y a un mur invisible qui traverse cette société. Il ne cesse de grandir, il sépare les gens, il creuse les distances, alors que superficiellement on peut avoir l’impression du contraire. Prend le métro à Stockholm et va jusqu’au bout de la ligne. Va faire un tour en banlieue. En kilomètre, ce n’est pas loin, mais la distance est énorme. Dire que c’est un autre monde est absurde.
C’est le même monde. Mais chaque station qui t’éloigne du centre est un mur supplémentaire. A la fin, tu te retrouves à la vraie périphérie, et là tu peux choisir de voir la vérité ou non. Cette vérité est, que, ce que tu prends pour la plus lointaine périphérie est en réalité le centre à partir duquel la Suède est en train d’être recréée. L’axe tourne lentement, dedans et dehors, proche et lointain, centre et marge changent progressivement de place. »
C’est bien en effet à partir de ces territoires de banlieue scandinave, comme du nôtre, comme des banlieues de Madrid, de Sao Paulo ou d’Athènes que l’on réussira ou non cette mutation. Mais ayons conscience que ce déplacement de la centralité ne se fera pas tout seul. C’est d’ailleurs tout le débat autour du Grand Paris, tout l’enjeu de la construction d’une métropole francilienne : changer de regard, changer de voie
Dans l’édition du Monde du 10 janvier dernier, Egdar MORIN fait l’éloge de la nécessaire métamorphose seule à même de régler les problèmes vitaux de notre planète. Comme lui, je suis convaincu qu’il faut changer de voie, que tout est à recommencer ; ou plutôt qu’en fait tout a déjà recommencé, sans qu’on le sache.
Nous en sommes au stade de commencements modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Il existe déjà sur tous les continents un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération ou économique, ou sociale, ou politique, ou éducative. Les initiatives ne se connaissent pas les unes les autres. Nulle administration ne les dénombre. Nul parti n’en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur
Je suis comme Edgar MORIN, convaincu que ce territoire est un parmi d’innombrables viviers de ce futur à construire.
C’est ce message d’espérance, d’espérance vraie qui fait qu’elle n’est pas certitude, que je souhaitais vous communiquer ce soir.
Les vœux que nous échangerons une nouvelle fois ce soir sont pour moi synonyme d’engagement, de solidarité, de dialogue permanent, de projet partagé, de mise en commun
Soyez convaincus, car je sais que certaines déclarations ont provoqué quelques émotions, que je suis résolu à poursuivre le combat pour défendre ces valeurs, ces objectifs, pour construire collectivement des perspectives qui permettront à chacune, chacun de faire des projets d’avenir.
Je le ferai dans mes fonctions électives jusqu’en 2014 et au-delà dans d’autres responsabilités, dans d’autres engagements ;
Encore tous mes vœux à chacune et chacun d’entre vous.
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