Jeudi 12 novembre,
les budgets d'un certains nombre de ministères ont été portés à discussion en
séance publique. Pour le groupe GDR-PG, je suis intervenu sur les questions
relatives à l'Immigration, et à la justice. Cet
exercice, assez fastidieux, consiste en une juxtaposition d'intervention sans qu'aucun
réel débat n'ait réellement lieu. L'intérêt de ce type d'exercice est
aujourd'hui devenu très relatif. Il nous permet néanmoins de prendre position
sur des questions importantes dans l'hémicycle et de faire entendre notre voix
au sein de l'hémicycle.
Budget "Immigration, asile et
intégration"
M. Patrick Braouezec. Ce budget a une enveloppe globale
de 569 millions d'euros en autorisations d’engagement et de 560 millions en
crédits de paiement. La politique d'immigration concerne neuf ministères,
quinze directions et treize programmes, il est donc difficile d'avoir une vue
d'ensemble de ce que coûte réellement la politique d'immigration, d'asile et
d'intégration puisqu'en définitive seuls 20 % des crédits de la politique
d'immigration et d'asile relèvent de ce ministère.
Je m'arrêterai volontairement au
programme 303, en hausse de 12,5 % par rapport à celui de 2009. À peu près
toutes les actions en bénéficient, ce qui n’est pas, pour nous, une bonne
nouvelle, car cela traduit le résultat d'une politique du chiffre à marche
forcée qui conduit à arrêter des hommes, des femmes et des enfants dans des
conditions indignes. Le Gouvernement voudrait nous faire croire que nous sommes
envahis par les demandeurs d'asile alors que
Une chose est sûre : les places
en centres d'accueil pour demandeurs d'asile sont insuffisantes. Les objectifs
ont d’ailleurs été réduits en la matière. Alors que le PAP 2008 visait, en
2011, à héberger 90 % des demandeurs d'asile en cours de procédure et
remplissant les conditions d'accès à cet hébergement, le PAP
Les crédits prévus ne répondent ni
aux besoins des nombreux réfugiés ni aux attentes des acteurs associatifs ni à
ceux exprimés par le secteur social des DDASS. Cette sous-évaluation a pour
conséquence un transfert des charges sur le 115, les collectivités
territoriales, mais aussi sur le secteur associatif.
Ces orientations budgétaires posent
question, car, en considérant la demande d'asile en provenance des pays dits
d'origine sûrs – 5 % de la demande globale en 2007 et près de 10 % en
2008 –, l’on ne peut que constater l'augmentation du nombre de demandeurs
d'asile : plus 18 % pour le premier trimestre 2009. Et que l'on ne
vienne pas dire que nombre de migrants économiques utilisent cette procédure au
détriment des autres demandeurs d'asile.
Cette augmentation de demandes pose
le problème de l'exclusion de nombreux demandeurs, ceux par exemple sans
récépissé ou relevant de
En conclusion, ce budget
« Immigration, asile et intégration », comme celui de 2009, renforce
l’aspect répressif et l’exclusion plutôt que l’intégration, au risque, même, de
décisions aux conséquences dramatiques. Je pense à cette Marocaine atteinte
d’un cancer dont la pathologie ne pouvait être soignée au Maroc. Les services
consulaires, face à la crainte d’une migration économique, lui ont refusé un
visa. Elle en est morte !
Il s’agit donc d’un budget
d’affichage fondé sur une politique du chiffre, de chasse aux enfants, aux
familles et aux jeunes et, parmi eux, aux malades.
Pour toutes ces raisons, le groupe
GDR ne votera pas ce budget
Budget "Justice"
Par ailleurs, pour des raisons
techniques, je n'ai pu rester plus longtemps débattre au sein de l'hémicycle.
C'est pourquoi, André Chassaigne, Député du Puy-de-Dôme, a repris mon intervention.
M. André Chassaigne. Monsieur le président, monsieur le ministre chargé
des relations avec le Parlement, mes chers collègues, même avec une hausse de
3,4 %, le budget 2010 de la justice – 6,8 milliards d’euros – reste l’un
des plus faibles d’Europe. Un rapport de
L’analyse des différents programmes
permet de constater que c’est l’administration pénitentiaire qui, avec
2 699 millions d’euros inscrits au programme 2, engloutit la majeure
partie de la hausse de ce budget. Certes, sont prévues des créations de postes,
mais elles ne sont pas pour autant à la hauteur des besoins de cette direction.
Les 1 113 créations d’emplois prévues sont largement insuffisantes compte
tenu de la création des nouveaux établissements.
À terme, force est de constater que
les effectifs dans les prisons existantes ne seront pas renforcés. Le
Gouvernement est-il sourd, ou fait-il semblant de ne pas entendre les mouvements
de protestation des travailleurs sociaux, des personnels de surveillance, et de
ne pas voir le délabrement du système judiciaire et pénitentiaire ?
Enfin, et alors qu’il avait été
question d’améliorer les conditions de détention des détenus, seulement 17,3 %
du budget alloué à l’administration pénitentiaire sera dédié à l’action 2 de ce
programme, l’accueil et l’accompagnement des personnes placées sous main de
justice dans des conditions dignes et satisfaisantes.
Quant à l’objectif 3 du programme –
développer les aménagements de peine –, ce ne sont que 262 agents, toutes
filières confondues, qui viendront renforcer les SPIP, les services
pénitentiaires d’insertion et de probation. Au regard de la loi pénitentiaire
qui vient d’être votée, cela reste largement insuffisant et ne permettra
certainement pas d’améliorer les conditions de détention soient et de les
rendre respectueuses de la dignité humaine.
Le programme 1 concerne la justice
judiciaire – 2 838 millions d’euros –, avec pour objet essentiel la
mesure des délais de procédure prévue dans le projet annuel de performance.
Toujours cette même culture de gestion, incompatible avec les missions
assignées à la justice, et maintes fois dénoncée par notre groupe.
Quant au programme « Accès au
droit et à la justice », il faut remarquer que le budget alloué à l’aide
juridictionnelle et à l’accès au droit est en baisse constante depuis trois
ans. Il s’élève à 297,8 millions d’euros, en recul de 25 millions,
alors même que les prévisions du nombre de bénéficiaires sont en progression de
3 % par rapport à 2009. Quelle baguette magique permettra de renforcer
l’accès au droit et l’aide aux victimes ?
Par ailleurs, comment, avec ce
budget, le plein exercice de tous les droits de la défense dès la première
minute de la privation de liberté va-t-il pouvoir être mis en place, ainsi que
l’exige l’arrêt du 13 octobre dernier de
Ce budget n’est pas à la hauteur des
ambitions affichées par le Gouvernement et constitue, à périmètre constant, un
réel désengagement de l’État en matière d’aide juridictionnelle.
Enfin, le programme
« Protection judiciaire de la jeunesse », avec 776 millions
d’euros est amputé de 10 millions. Les mesures destinées aux mineurs
délinquants représentent 71,35 % du budget contre seulement 9,26 %
pour celles consacrées aux mineurs en danger ou aux jeunes majeurs. Pour
mémoire, l’année dernière, le rapport était de 62 % contre 19 %.
Ce projet de budget confirme les
orientations du Gouvernement qui privilégie, pour les jeunes en délicatesse
avec la justice ou en danger, le répressif sur l’éducatif.
M. Alain
Gest. Oh !
M. André Chassaigne. L’approche strictement comptable de la mission
« Protection judiciaire de la jeunesse » et du nombre des personnels
nécessaires à la mise en œuvre des orientations déshumanise totalement les
relations entre les professionnels et dégrade profondément l’action éducative.
Ajoutons que la réorganisation administrative en cours de
Pour conclure sur l’ensemble de ce
budget, je dirai qu’il n’est pas sans poser certaines questions. D’abord,
comment le Gouvernement compte-t-il encourager le développement des
aménagements de peine alors que les moyens alloués aux programmes
« Justice judiciaire », « Administration pénitentiaire » et
« Protection judiciaire de la jeunesse » restent si faibles ?
M. Michel
Hunault. Votez
le budget !
M. André Chassaigne. Ensuite, les besoins en emplois, tous programmes
confondus, étant considérables, comment l’État entend-il à répondre à cette
demande ?
Enfin, pourquoi le Gouvernement
continue-t-il de réduire sa participation à l’accès au droit des plus démunis,
en violation des dispositions de
Vous en conviendrez, mes chers
collègues, avec un tel budget, toutes ces questions ne risquent pas de trouver
de réponses respectueuses des droits humains et satisfaisantes pour les
citoyens. C’est la raison pour laquelle, vous l’aurez compris, notre groupe ne
le votera pas.
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