Le Français est à la recherche de locaux. Le ministère de la culture doit faire des économies. Qu'à cela ne tienne! Allons voir du côté de la banlieue, du côté de la MC 93... Comme s'il ne s'y passait rien, comme si ces territoires étaient vierges de toutes innovations et productions culturelles et artistiques.
La démocratisation culturelle à la française s’est construite sur la décentralisation, concept républicain basé sur le rééquilibrage territorial et l’égalité d’accès à la culture. Elle n’a jamais signifié déconcentration administrative, pas même colonisation, encore moins annexion de la banlieue par Paris. Notre paysage culturel départemental est né de cet idéal partagé avec une politique culturelle nationale où les scènes nationales, le réseau des théâtres nationaux et centres dramatiques nationaux ont pu développer une culture propre à nos territoires, en lien avec l'ensemble des publics.
La Maison de la Culture départementale a pour mission de penser le rapport essentiel et exemplaire de la culture à un territoire populaire. Ce n’est donc pas un établissement concurrent mais une scène vivante et pluridisciplinaire qui nait, ouverte au théâtre européen et à l’ensemble des disciplines artistiques, mais complémentaire des autres structures des villes de Seine-Saint-Denis.
Revendiquer cet héritage ne signifie pas chanter les louanges de l’immobilisme. Au contraire, nous ne cessons jamais de nous interroger -élus, directeurs de lieux culturels, artistes, spectateurs...- sur nos capacités à reconquérir le public, toucher la jeunesse, parler et s'ouvrir au monde .
A Saint-Denis, le nouveau directeur du CDN, Christophe Rauck, s’implique avec toute son équipe à ce défi, en présentant le Molière d’un autre, et en stimulant l’envie d’aller à la Comédie Française découvrir son Beaumarchais… Tandis que Didier Bezace et Gilberte Tsaï indiquent d’autres chemins à Aubervilliers et à Montreuil avec succès. Ces différentes scènes, de par la diversité de leur répertoire, sont complémentaires du Français, comme l'est la MC93 dirigée par Patrick Sommier. L'une ne doit pas se substituer aux autres, au contraire, les passerelles doivent exister, les publics doivent pouvoir circuler, se nourrir d’expériences et de découvertes diverses.
Par ailleurs, l'argument consistant à considérer l'arrivée de la comédie française comme un levier économique pour la ville de Bobigny, au même titre que le Stade de France l'a été pour Saint-Denis et Plaine Commune, ne tient pas et ne peut en aucune manière servir de prétexte à ce transfert de force qui n'a aucun sens politiquement et économiquement. De la même façon, la Comédie française -présentée ici comme une chance unique pour notre territoire d'avoir accès à la vraie culture- ne viendra pas résoudre miraculeusement les questions posées à la culture aujourd’hui sur notre territoire.
Cette intégration culturelle à marche forcée est une offense pour les outils d'envergure que nous avons construits tous ensemble, pour les milliers d’habitants de Seine-Saint-Denis.
Cette décision ressemble à un parachutage dangereux, une annexion sans négociation, un coup médiatique bien mal pensé.
Vous pouvez soutenir la mobilisation en vous rendant sur le site internet de la MC 93
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