Question d'actualité à l'Assemblée sur la maltraitance de nos quartiers populaires
Monsieur le Premier Ministre,
Ma question, Monsieur le Premier ministre, s'appuie sur la réalité vécue par des milliers de personnes de ma circonscription, mais est aussi le reflet du quotidien des Séquano-Dionysiens, tout comme celui de la population des quartiers populaires.
Vous me permettrez donc une liste à la Prévert : Files sans fin devant Les Postes quand ce n’est pas non délivrance de colis, de courriers, de recommandés, ou encore fermeture de certains bureaux. Attentes interminables à la préfecture, devant les tribunaux. Des demandes de renouvellement de passeports, de délivrance de cartes d'identité qui prennent des semaines voire des mois empêchant les gens de circuler. Des établissements scolaires où des élèves peuvent restés des semaines entières sans remplaçants. Je vous fais grâce des conditions de transports en commun et notamment de la ligne 13. La liste pourrait être en effet plus longue.
Permettez-moi de vous rappeler l'introduction du discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire: « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. » Or le traitement de la question de l’égalité d’accès aux droits fondamentaux est une question de civilisation. Elle est pour le moins le miroir de la solidarité dont fait preuve, ou pas, un Etat pour que tous ses citoyens soient traités de manière égalitaire.
Aujourd’hui, il n’en est rien. Que répondre à ces habitants de Saint-Denis, et bien au-delà, qui en lieu et place d’un colis, voient échoir dans leurs boites aux lettres, des récépissés de motif de non distribution portant la mention ZUS, Zone urbaine sensible ? Ils seraient donc devenus les mauvais élèves de notre République, ou plutôt d'un Etat qui ne les reconnaît plus? Punis car trop pauvres, trop immigrés avec ou sans papiers, pas assez qualifiés ou simplement voisins de ces précarités sociales, économiques et administratives ? Mais de toute façon humiliés et stigmatisés.
Car au-delà de la mission de service public qui n’est plus assurée mais cassée sous couvert de rentabilité absolue, c’est bien la question de la résorption de problèmes plus cruciaux.
Monsieur le Premier Ministre, ma question est donc très simple : quels moyens de rattrapage comptez-vous mettre en œuvre pour que les quartiers populaires soient enfin traités de manière égalitaire respectant la cohésion sociale et territoriale de notre République? A moins que nous devions nous incliner devant les propos de Monsieur Césaire devenus prophétie? Notre civilisation serait donc devenue moribonde, atteinte ou décadente?
